BERG : Les Lumières de l'insondable

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“BERG : LE ROMANTISME N’EST PAS MORT”

PAR SOFI MAISONEUVE

Avant même de parcourir MacParis, je sais que c’est elle que je veux rencontrer…J’ai consulté au préalable le site du Mac et j’ai eu un coup de coeur…Je vais bien sûr arpenter les allées et me laisser guider par mes émotions…
Ce qui, enfant, me hante, c’est le passage vers la mort. Dans mon idée la représentation de cette fin serait des images qui défilent floues dans mon imaginaire, plutôt en noir et blanc, et des éléments figuratifs colorés qui auraient un rattachement à un moment d’intense émotion. Voilà c’est pour cela que j’ai envie de voir les œuvres de l’artiste BERG.

Je rentre dans le Mac, il est 17:00, je virevolte d’un espace à un autre, c’est grand et il y a 125 exposants. En ce vendredi 28 novembre l’affluence est modérée. Je m’approche enfin des peintures de BERG; elle est accaparée par plusieurs visiteurs. Je découvre une peinture classique, à l’huile. Une peinture calme lente qui représente juste l’essentiel. Les contrastes mettent en exergue une lumière intense mais qui n’occupe qu’une infime partie de la toile. Sous les yeux, une toile dont le titre est “permanence” de 2013 100×100 : Un fleuve traverse un paysage dénué de vie. Pas d’urbanisme, ni de représentation exagérée de nature. Juste ce fleuve comme une lumière qui jaillit, traversant la toile en diagonale, tout autour c’est un paysage évanescent, obscur et inquiétant.

La délicatesse de la technique peut faire penser à une œuvre ancienne, il y a une vraie volonté de faire passer un message et non de représenter ce que l’on voit. De l’expressionnisme de l’âme, voire du romantisme. « Le romantisme n’est pas mort. » Entretien avec Rüdiger Safranski : Le romantisme puise son essence dans les forces créatrices de l’imagination. Il se définit également comme dépassement de la réalité en direction de l’imaginaire (source internet : http://www.goethe.de).

La rencontre avec BERG : “Ce qui est important c’est de savoir prendre le temps de contempler et encore plus important c’est de savoir prendre ce temps”. Avec BERG aucune certitude, elle ne gère pas de discours préparé. On se sent en osmose ou pas.
“Je n’aime pas quand mes personnages sourient”. Nous sommes ensemble devant une toile qui représente un enfant avec un ours en peluche rouge. La représentation est d’une beauté infinie, juste et délicate. Elle me livre que c’est elle. Sur ses peintures, elle me fait remarquer qu’il y a toujours de la lumière une zone blanche diffuse. A la fin de notre rencontre je suis conquise ; je suis convaincue que son acte de peindre vient bien de son âme, des sentiments, des émotions.

Mais avant de partir, je risque : « on ne vous demande pas si ce sont des photos ? » Elle se rapproche des toiles, et me montre des endroits précis : « Je ne comprends pas, on voit pourtant bien que ce n’est pas de la photo, ça ne me plaît pas quand on me le dit. J’ai aussi des moments où des visiteurs se livrent. » Elle me montre sur un catalogue imprimé la photo d’une peinture : un jour un jeune homme lui a raconté sa vie, sa solitude en restant prostré devant cette œuvre. BERG n’aime pas forcément parler d’elle et de sa peinture, à travers ce qu’elle me dit je sens une grande humilité. On pourrait dire qu’avec Berg, le romantisme n’est plus celui du “JE”. Mais de” l’é-MOI”.

En venant au MacParis, je désirais vraiment trouver une émotion, une rencontre et c’est arrivé dans une forme presque de silence et de contemplation, qui remettent de vraies valeurs artistiques à leur place : l’émotion. Et si le romantisme avec un soupçon d’humanité trouvait sa voie contemporaine ?